Xavier Spatafora
La recherche

Démarche

Je travaille à partir d’affiches collectées dans l’espace urbain. Recouvertes, déchirées, altérées par la pluie, la colle et le temps, elles portent déjà une histoire lorsque je les prélève.

À l’atelier, je les retourne, les fragmente, les assemble. J’y dessine parfois. Un geste traverse pourtant tout ce travail : faire disparaître les messages auxquels ces affiches étaient destinées, les slogans, l’écriture, jusqu’à leur iconographie. Au verso, l’impression inversée brouille naturellement les messages. Au recto, je veille à effacer l’écriture, parfois jusqu’à la dernière lettre, quitte à gratter le papier. Dans un monde saturé d’informations, cet effacement est volontaire : c’est ma manière de soustraire cette matière au trop-plein de messages. Ce qui était communication devient surface, ce qui était information devient paysage.

Ce travail engage aussi ma manière de regarder. Je m’arrête devant ce que l’habitude nous fait traverser sans le voir. Je ne cherche pas à retrouver un regard d’enfant, j’essaie de ne pas perdre celui d’un adulte capable de s’émouvoir d’un rien. Les choses ne changent pas parce que je les regarde, je cesse juste de leur être indifférent.

Créer, pour moi, n’est pas un choix. C’est un état d’être : une manière d’habiter le monde, d’y exister, parfois d’y survivre. Cela signifie rester fidèle à ce que je suis, quitte à vivre avec peu. C’est là que je situe une forme de résistance : ne pas me trahir, car si je crée, ce n’est pas pour ajouter des objets au monde, mais plutôt pour lui donner ma propre couleur.

Prendre contact ↗︎